Vers un Neutre Luxuriant
by Marie-Mam Sai Bellier, Léo Lacape
Publié dans la revue Bye Bye Binary numéro 3 en 2026
Mise en page par Clara Sambot
L’époque que nous traversons est une période de basculement sociétal sans précédent. Celles que nous appellerons peut-être dans le futur les « 2020s » se caractérisent par une révolution numérique et technologique qui bouleverse le cours des vies humaines, d’une manière semblant être irréversible. Les nouvelles technologies et leurs systèmes se font une place de plus en plus importante dans nos quotidiens et étendent notre réalité physique à des espaces digitaux, dessinant nos quotidiens hyperconnectés par les flux constants que nous générons. Des interfaces instinctives, limpides et presque invisibles, nous guident et pré mâchent certaines de nos tâches quotidiennes en nous installant bien confortablement – de default modes en mises à jour, de fonds d’écran en salles d’attente, l’expérience utilisateur semblerait dicter les lois d’un monde où le bien-être des usager·es est optimisé en toutes circonstances, établissant les standards d’un confort universel. Est-ce parmi ces espaces liminaux parfaitement sans âme où nous scrollons en silence, où nous plongeons dans nos écrans et les touchons que nous serions censé·es vivre nos vies?
寧為太平犬,不做亂世人
PUISSIEZ-VOUS VIVRE DES TEMPS INTÉRESSANTS
Les espaces phygitaux dans lesquels nous vivons se caractérisent notamment par le courant ininterrompu d'informations visuelles qui les animent. Confronté·es tous les jours à un nombre incalculable d’images, de slogans et d’autres sollicitations, nos yeux sont surmenés par ces lectures non consenties. Cette cacophonie capitaliste qui débute à la fin du XIXe siècle avec le début de la publicité, est rendue visible notamment par la typographie, qui s’impose comme témoin des mœurs et des goûts d’une période. La manière dont on habille nos textes – que ce soit dans la rue, les logos ou les livres que nous créons – en dit long sur le langage de nos sociétés. Prenons l’exemple de plusieurs photographies d’une même rue prises à des dates différentes : si l’on souhaite identifier les époques auxquelles elles appartiennent, il suffira de repérer les lettrages des enseignes qui y figurent. La typographie, témoin incontestable du Zeitgeist d’une époque, connaît des évolutions et des changements qu’il est pertinent d’observer. Parmi ces trajectoires, celle qui nous intéresse ici débute avec le modernisme et accélère après 1950 dans une pente qui glisse vers une épure de plus en plus radicale et cristalline. Elle tend alors à une neutralité aseptisée et se veut rassurante par ses choix graphiques silencieux. Nous voulons aujourd’hui nous questionner quant à la persistance de l'empreinte laissée par ce que l’on nomme le « style international » et réfléchir à la légitimité des normes établies par ce style qui continue de façonner le monde qui nous entoure. Nous aimerions les mettre à jour.
Si la typographie est un marqueur temporel très précis, un autre élément omniprésent de nos quotidiens est intéressant à observer: la couleur. Le travail de l’historien Michel Pastoureau nous montre avec précision de quelle manière les couleurs ont évolué au cours des siècles, et tout ce qu’elles disent de périodes historiques spécifiques, d’empires, d’influences globales. Ce pouvoir de la couleur a fait son chemin jusqu’à nos jours, venant s’exercer sur des industries omniprésentes comme celles du vêtement ou de la décoration, générant de nombreux débats en ligne et faisant même l’objet d’une élection, celle de la Color of The Year telle qu’annoncée par la société Pantone. Si la couleur de l’année 2025, intitulée Mocha Mousse, était une teinte de marron se voulant chaleureuse et réconfortante, la couleur pour 2026, qui porte le nom de Cloud Dancer, est une teinte extrêmement claire à mi-chemin entre le perle, le craie et l’écru. D’un blanc déroutant, elle se veut « un espace de calme et de respiration dans un monde toujours plus bruyant », ce qui nous pose fortement question : quel est ce « bruit » auquel Pantone fait ici référence ? Pourrait-il se référer à des positionnements politiques forts, au bruit de nombreuses voix rompant le silence, à des mouvements sociaux plus révoltés que jamais ?
Comment en finir enfin avec cette politesse immaculée, cette distance toute en sourdine inhérente au concept de neutralité ?
De quelle manière des idéaux sociétaux – succédant aux horreurs des deux guerres mondiales, rêvant à une paix universelle et à un monde unifié – se sont-ils transformés en une réalité dystopique ?
Nous songeons à la naissance, après la Seconde Guerre mondiale, des grands ensembles et de leur visée utopique. Comment les décennies successives en ont fait la banlieue telle que nous la connaissons aujourd’hui : habitée par des communautés riches d’une grande diversité culturelle, mais laissées à l’abandon par un monde politique qui les méprisent et leur coupent les financements – il en va de même des départements et régions d'outre-mer et des collectivités d'outre-mer.
De quelle manière la calibration de nos outils de tous les jours alimente-t-elle la machine de l'ultralibéralisme et facilite-t-elle la surveillance de masse ? Comment expliquer que les datas qui dessinent nos quotidiens se transforment en monnaie d'échange à l'autre bout du monde ?
NEUTRE NON NEUTRE
Nous pensons, dans les pas de Roland Barthes, que le neutre n’est pas qu’une toile vierge et apolitique, mais qu’il est également un levier éthique et esthétique qui définit les contours de notre réalité. Car la neutralité poussée à l’extrême pourrait ressembler à s’y méprendre à celle dépeinte par Martin Amis dans son roman The Zone of Interest, où l’on suit d’un bout à l’autre le quotidien banal d’un employé de bureau dont les journées se ressemblent et se répètent : entre choix de la cravate, travail administratif, et dîner silencieux avec femme et enfants le soir. Les lecteur·ices découvrent à la fin du livre le contenu des documents dont il est chargé de s’occuper tous les jours : les listes des noms des juif·ves qui devront être déporté·es vers les camps de concentration. Dans son adaptation cinématographique de 2023, Jonathan Glazer a encore accentué la tension étouffante qui lie ces deux univers séparés d’un simple mur rendant comme invisible ce qui se trouve derrière : d’un côté un camp d’extermination, de l’autre un jardin aux arbres fruitiers, une vie de famille confortable, une matriarche harnachée à ses œillères tentant tant bien que mal de faire abstraction de son environnement direct. Une juste incarnation de cet iceberg que nous tentons de définir : sous une surface reflétant le calme passif de la neutralité pourrait se cacher un amoncellement d’horreur et de violence.
Neutre (adj et nom) :
- Qui ne participe pas à un conflit.
- Qui s’abstient de prendre parti.
- Qui appartient à une catégorie grammaticale où ne se manifestent pas les formes du masculin et du féminin. / Le genre neutre en latin.
- Qui n’est ni positif ni négatif. Chimie : Qui n’est ni acide, ni basique.Sciences, Technique : Qui n’a pas de charge électrique.
- Sans caractère affirmé.Couleur neutre, indécise, sans éclat (opposé à vif). Dépourvu de passion ; froid, détaché, objectif.Répondre d’un ton neutre. Synonyme: impartial,objectif.
Le « neutre » tel qu’on nous l’a transmis ou promis n'a jamais été qu’un mirage. De l’extérieur, une zone grise et flottante qui ne se range d’aucun côté et n’appartient à aucun camp. De l’intérieur, un levier stratégique au service de l’autorité dominante, un précieux outil de contrôle, une position sage et discrète n’ayant comme réponse à offrir aux atrocités de son contemporain que son silence glacial. Se dire neutre (dans une posture de non-positionnement) nous semble justement être tout l’inverse : à titre d’illustration, l’assourdissant silence médiatique et politique au sujet de nombreux événements comme les génocides en cours au Soudan, en Palestine ou au Congo. Pourtant tout est politique, nous avons si souvent vu la neutralité se muer en un bouclier d’immunité, offrant à celleux qui se rangent derrière elle le confort de ne pas se positionner.
Quand il vient s’incarner dans les champs esthétiques de l’art et du design, le neutre peut prendre la forme d’un effacement, de la perfection d’une ligne quasi-fantomatique. Nous songeons à la transparence claire promue par Béatrice Warde avec son Verre de cristal (1930), qui émeut alors par la simplicité extrême qu'elle incarne et devient un absolu formel, une essence. Mais après les années 1930, cette quête de pureté devient petit à petit l'emblème d’un autoritarisme rigide, effaçant toute nuance, toute différence, faisant basculer la recherche d’universel vers un idéal d’ordre et de contrôle. Ces mêmes volontés portent leurs fruits jusqu’à aujourd’hui, où l’impérialisme capitaliste colonise encore et exploite les ressources comme si elles étaient illimitées, donnant naissance à l'anthropocène tel qu’on le connaît pour l’instant. C'est conscient·es de cette généalogie que nous revendiquons notre droit aujourd’hui à nous réapproprier cette notion de Neutre, pour la libérer des sombres connotations qui sont venues la ternir. Nous réfléchissons à la violence inhérente au verbe neutraliser.
RÉÉCRIRE POUR RÉPARER
Écrire de nouvelles définitions, se réapproprier certains mots et changer leur trajectoire, est pour nous un geste magique et politique – la réécriture pourrait nous aider à protéger de l’érosion ce qui nous est précieux, à nous rappeler nos racines, à nous souvenir de nos mort·es et à honorer leur mémoire. Inversement, effacer les mots c’est tenter d’effacer ce qu’ils nomment : un nom, une communauté, une mémoire, une histoire, un corps. Comme dans le manga Death Note, de l’autre côté de l’Atlantique on tente d’effacer du langage des identités en interdisant qu’on les nomme, qu’on les mentionne. Quelque part, nous avons la sensation que si certains mots sont visés, c’est justement car les histoires humaines qu’ils décrivent ne correspondent pas à une norme correcte et convenue. Cette technologie du langage qui veut que « ce qui n’est pas nommé n’existe pas » montre comment la sainte neutralité peut encore à notre époque justifier l’exclusion de la différence, camouflant d’une fine couche de maquillage sa réelle mission de nettoyage idéologique.
Nous nous devons de résister et de nous rendre visibles, de revendiquer plus que jamais nos identités haut et fort. Autour de nous, nos adelphes sont directement touché·es, visé·es par un système qui veut les rendre invisibles. Nous le voyons tous les jours. Simultanément, la classe politique et les industries essaient de se réapproprier nos luttes et nos discours, nous volant la sève qui les porte pour essayer de nous ranger de leur côté. En tant qu’artistes, nous avons la responsabilité de récupérer la parole et de pirater ce système, par les endroits auxquels nous avons accès. Certaines portes restent ouvertes, encore faut-il les trouver mais gardons courage, car elles existeront toujours. Continuons de prendre de l’espace, de faire porter nos voix, que l’histoire dominante et les corporations tentent toujours plus violemment de neutraliser : celles issues des diasporas, des communautés queer, de l’underground, des personnes handies, et tous.tes celle·ux discriminé·es encore pour leur différence. Du monde d’en bas ou d’à côté de celui du monde blanc, pur et transparent.
Alors nous aussi écrivons ou réécrivons.
Piratons le default mode.
Redessinons.
Renommons.
Inventons des légendes.
Tordons.
Ligaturons.
Nous rêvons d’offrir à la langue un espace où elle pourrait s’étendre, un espace habitable au premier degré, surréel, une langue que nous embrassons. Qu’elle puisse garder en elle la mémoire brûlante des luttes, des cicatrices, des espoirs, des plaisirs. Redéfinissons les récits qu’on tente de censurer, jouons avec elle, en utilisant la joie et l’humour quand c’est possible, la pop culture et ses chansons qui parlent à tous·tes, récupérons ce qu’on nous a volé. Habitons la langue. « Assumons la fiction comme une arme ».
« Tu dis qu’il n’y a pas de mots pour décrire ce temps, tu dis qu’il n’existe pas. Mais souviens-toi. […] Ou, à défaut, invente ». – Monique Wittig
Si vous êtes héritier·es privilégié·es d’une histoire coloniale européenne et que vous lisez ces lignes, quel est votre positionnement vis-à-vis de cette histoire ? Notre passé colonial est passé sous silence et nous considérons comme une évidence d'invisibilser les récits des personnes colonisées. La neutralité confortable à laquelle vous appartenez, la mettez-vous en perspective ? Que souhaitez-vous réellement au fond : prendre la parole et la remettre en question, ou garder le silence ? Il est essentiel que nous fassions un travail de mémoire collective concernant le passé colonial de nos sociétés. Que nos ancêtres aient été d’un côté ou de l’autre de la colonisation, que reste-t-il en nous de cette histoire ?
Il est temps de remettre nos existences en perspective et de continuer le récit à notre image. Briser le silence.
PRESCRIPTIONS, PERCEPTIONS, PROSCRIPTIONS
Nous ne voulons plus du « bon design » et de son langage, notamment et de manière non-exhaustive :
- Du style international tel qu’on le connaît aujourd’hui, fantasme universaliste né de l’occident et ayant enraciné tellement de stigmates.
- De la froideur austère du verre de cristal de Beatrice Warde, dont la prétendue pureté représente pour nous une entreprise teintée d'eugénisme.
- De l’essentialisme autoritaire d’un Le Corbusier et de son modulor aux inspirations fascistes.
- De la sévérité d’un Adolf Loos en guerre contre l’ornement, qui a tenté de le criminaliser au nom d’un ordre bourgeois et viriliste.
- D’un modernisme nous ayant été présenté comme universel et fédérateur, révélant finalement son identité impérialiste – mais alimentée et fascinée par les arts premiers.
- D’un design qui efface au lieu d’exprimer l’unicité.
Non. Nous ornons.
Nous voulons :
Un neutre qui accueille une harmonieuse anarchie des formes, qui célèbre la beauté des contradictions et honore l’irrégulier, les accidents, l’ambiguïté comme une forme d’équilibre organique - un neutre luxuriant – un neutre-jardin plein de fleurs rares et extrémophiles.
Nous voulons réinventer le neutre : non plus comme une zone de vide esthétique, lisse et normée mais comme un espace créatif foisonnant et hybride. Un neutre queer qui soigne, qui fluidifie, qui ne s’efface pas pour révéler sa fonction. Contre l’histoire officielle du « bon design », il nous semblerait juste de proposer une réécriture des histoires de l'art et de l'architecture pour réhabiliter ce qui a été méprisé par le modernisme : l’ornement, le vivant, la courbe, le symbolique, le beau, la pop culture, le trop.
Revenir non pas à la pureté moderniste, mais à une expression jaillissante et vivace, maximaliste et surréaliste, aux courbes, à la nature, à la diversité du monde.
VERS UN NEUTRE TYPOGRAPHIQUE QUEER ET DÉCOLONIAL
Alors comment esquisser les contours d’une nouvelle esthétique du commun ? Ce neutre fluide et queer, que nous tentons de définir, pourrait-il nous aider aussi à réconcilier accessibilité, inclusivité et expressivité, dans un monde post-washing où des luttes et leurs discours se voient ingéré·es par la machine capitaliste ? Dans le langage visuel et typographique, on oppose parfois l’écriture inclusive, au sens post-binaire, à la question de l’accessibilité : ses détracteur·ices affirment par exemple que la typographie post-binaire serait difficile à lire, notamment pour les personnes dyslexiques.
L’Helvetica, l’Univers, l’Avenir, la Neutrale sont autant de projets typographiques dits « lisibles » car « neutres », qui, à l’instar de l’espéranto, sont des échecs dans cette quête de création d’un langage universel ultra-lisible. Ces rêves de rationalité pure où l’on représente tout le monde à travers « personne », silhouette froide et stylisée, géométrique et modulaire, ont souvent été ceux d’hommes blancs poussés par le profit et motivés par cette dangereuse recherche de pureté. Il nous faudrait remettre en cause l’universalité typographique comme projet colonial : cette idée que l’alphabet latin serait le véhicule idéal universel pour « parler à tous·tes » alors qu’il a effacé tant d’histoires. L’hégémonie de ce script régit désormais la culture et la communication à l’échelle planétaire. Et si l’universalité passait par autre chose, le renouvellement des idéogrammes, des pictogrammes ou des emojis partagés, issus des cultures populaires, vernaculaires, autochtones, pouvant prendre racine dans l’oralité ? Ou, dans le cas des langues latines, par des formes typographiques incarnées par leur sujet. Et si la poubelle de la classification Vox Atypi, la catégorie typographique dite « Fantaisie », était finalement une zone neutre, car vectrice de tant de formes différentes qu’elle en devient neutre par annulation, à l’instar du queer.
Et si la neutralité pouvait être non pas un espace sans positionnements mais au contraire l’expression d’une multitude de positionnements ? Que cette masse uniforme devienne protéiforme et multiple ? Nous rêvons à un neutre qui soit hybride et chaotique, un mélange hétérogène où chacun·e pourrait trouver sa place.
Nous émettons l’hypothèse d’un neutre qui serait queer, vif, indiscipliné, un neutre rebelle se construisant en opposition à la généalogie qui l’a vu naître. Le vrai neutre, ce n’est pas Helvetica mais le quotidien : les déchets, les sons, les vêtements, les parfums… C’est ce qui vit, ce qui parle à tout le monde. La pop culture a cette puissance : elle circule partout, traverse toutes les couches de la société, contamine les imaginaires, surtout dans ces temps sombres. La beauté du monde se retrouve dans toutes les nuances du monde non-noble.
Voici des exemples de ce qui pourrait définir un nouveau neutre graphique :
- Un alphabet latin où chaque lettre se distingue des autres pour plus de lisibilité grâce à une non-modularité du squelette des lettres, une chasse hétérogène, une répartition des graisses fonctionnelle et non esthétique, héritée de la plume calligraphique… où l'idée n’est plus d'aller vers l'uniformité, mais vers la mise en avant des spécificités et de la diversité des lettres. À l’instar du caractère BBB ReadMe dessiné par Ludi Loiseau, Eugénie Bidaut et Clara Sambot, ces principes permettent de réduire les miroirs et symétries de lettres similaires à la lecture (b/d/p/q, n/u…) et entre autre, améliore la distinction entre les lettres car l’emphase est mise sur les caractéristiques spécifiques à chacune.
- Des ligatures qui nous unissent : la ligature post-binaire, celle du neutre de genre que l’on aime, le neutre qui nous donne le flou, qui nous apaise dans nos identités.
- Un alphabet latin ultra-stencil ou ultra-ligaturé, inspiré de la contraction minimaliste des lettres latines à la Jean Alessandrini, où l’on garde seulement le plus important de la lettre (technique de l’effacement) mais qui conduit à une image de mot bien plus forte ; un mot logotype.
- Une approche queer et camp, renforçant l’idée de l’expressivité au delà de la transparence, où le dessin est mémorable et porte une émotion comme avec le caractère typographique BBB Love & Rage, qui cherche l’incarnation au travers de son énonciation et de ses formes expressives, croisant leurs bases et passant de l’une à l’autre.
- L’esthétique des nuages de mots avec plein de fontes différentes, à l’image d’autant de voix : une pluralité graphique qui dit TOUS·TES et POP, et ainsi plus proche de nous qu’une esthétique froide et désincarnée (style international).
- Une ponctuation expressive ornant et implémentant nos textes, et des pictogrammes symbolisant des concepts comme dans le travail de ponctuation non-binaire de Lara Dautun, Loraine Furter et Juliana Vargas Zapata.
UN NOUVEAU NEUTRE
(graphisme) Vers une harmonieuse anarchie : ce neutre pourrait être un mess (désordre) typographique, avec beaucoup de fontes différentes ou encore des fontes au delà des classiques insufflés par le ductus de la main droite à la base de notre calligraphie latine, comme autant de voix et d’identités, célébrant la luxure et la diversité par l’éclectisme qui compose ce neutre, un monde où personne ne se ressemble.
(conflit) Concernant le neutre comme absence de conflit, ce neutre s’intéresserait au double visage du silence, à distinguer différents sons / tonalités dans le silence. Si le silence ne porte pas de mot, il a une présence entière : celui de la peur de parler ou celui de l’écoute. C’est dans ce silence actif qui permet d’apprendre à (s’)écouter qu’un espace de réconciliation apparaît. Réapprendre à écouter c’est renouer avec l’empathie en acceptant de se décentrer, en acceptant d'accueillir la parole qui peut faire évoluer nos visions. C’est une invitation inconfortable à tolérer l’ambiguïté au-delà du désaccord, et à voir ce qui nous relie à l’instar de ces ligatures de l’amour, qui apporte le neutre dont le monde a besoin. Cette esthétique de l’amour pluriel est la forme graphique que nous recherchons.

